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11e arrondissement, Paris
Paris

11e arrondissement

Du privilège des ébénistes aux barricades de la Commune, le 11e arrondissement a forgé, siècle après siècle, une identité de caractère.
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À découvrir : Faubourg Saint-Antoine · Bastille · Oberkampf · Charonne · Nation · Roquette · Popincourt

Entre République et Nation, le 11e arrondissement conserve la mémoire d'un Paris à la fois laborieux et insurgé. Né du faubourg Saint-Antoine, où des générations d'artisans du bois façonnèrent le mobilier des rois puis celui des bourgeois, ce territoire a vu s'écrire quelques-unes des plus grandes pages de l'histoire révolutionnaire, avant de devenir, rue après rue, l'un des quartiers les plus denses et les plus vivants de Paris. Ses cours pavées, ses ateliers reconvertis et ses places chargées d'histoire racontent aujourd'hui une histoire d'ingéniosité et de caractère.

Le privilège du bois, aux portes de la Bastille

Tout commence au Moyen Âge, aux abords de l'abbaye Saint-Antoine-des-Champs, fondée au XIIe siècle sur les terres qui deviendront le faubourg. Une tradition, remontant à des lettres attribuées à Louis XI en 1471, affirme que les artisans installés sur le domaine de l'abbaye échappaient à la tutelle des corporations parisiennes. Ce privilège, contesté puis finalement confirmé par Louis XIV en 1657 à la demande de l'abbesse, ouvre la voie à une liberté de travail rare sous l'Ancien Régime, à deux pas des remparts de la Bastille.

Menuisiers, ébénistes, tourneurs, sculpteurs et doreurs affluent alors dans ce faubourg où l'on peut exercer son art sans appartenir à une maîtrise jurée. Le bois devient la matière du lieu : on y façonne, siècle après siècle, le mobilier des palais royaux comme celui des intérieurs bourgeois, faisant du faubourg Saint-Antoine la première place du meuble en France, une réputation que ses artisans porteront jusque dans nos manufactures contemporaines.

Cours ouvrières et grandes percées haussmanniennes

L'organisation du travail dessine un urbanisme singulier : le long de la rue du Faubourg-Saint-Antoine, des dizaines de cours et de passages, la Cour Damoye, le passage du Chantier, la Cour de l'Étoile d'Or ou la Cour de la Bonne Graine, abritent ateliers, entrepôts de bois et logements superposés. Chaque cour regroupe les métiers complémentaires d'une même chaîne de fabrication, du sciage à la dorure. Cette architecture de la production artisanale, unique à Paris, structure encore aujourd'hui le tissu urbain de l'arrondissement.

Au XIXe siècle, le baron Haussmann perce le boulevard Voltaire et l'avenue de la République, ouvrant de larges perspectives à travers le vieux tissu médiéval et faubourien. Ces artères nouvelles relient la Bastille à la place de la Nation et à celle de la République, modernisant la circulation et l'habitat sans effacer entièrement la trame artisanale héritée des siècles précédents.

« Ce vieux faubourg, peuplé comme une fourmilière, laborieux, courageux et colère comme une ruche, frémissait dans l'attente et dans le désir d'une commotion. »Victor Hugo, Les Misérables

Le faubourg en armes : de la Bastille à la Commune

Le 14 juillet 1789, ce sont en grande partie les habitants du faubourg Saint-Antoine, ouvriers et artisans en colère, qui marchent sur la Bastille et s'emparent de la forteresse royale. Victor Hugo, dans Les Misérables, décrira ce quartier comme ce vieux faubourg, peuplé comme une fourmilière, laborieux, courageux et colère comme une ruche, qui frémissait dans l'attente et dans le désir d'une commotion. Le faubourg reste, tout au long du XIXe siècle, un foyer d'insurrection : place de la Bastille, la colonne de Juillet, érigée entre 1835 et 1840 et inaugurée le 28 juillet 1840, honore la mémoire des combattants tombés lors des Trois Glorieuses de juillet 1830.

En 1848, de nouvelles barricades se dressent dans ces mêmes rues. Puis, lors de la Commune de Paris, en mai 1871, c'est dans le 11e arrondissement, rue de la Fontaine-au-Roi, que tombe l'une des toutes dernières barricades de la Semaine sanglante, le 28 mai 1871, point final tragique et symbolique d'un siècle d'insurrections populaires nées entre ces murs.

Oberkampf, la rue de Lappe et les nuits populaires

À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, le faubourg conserve son âme ouvrière tout en se diversifiant. La rue Oberkampf, qui porte le nom du manufacturier Christophe-Philippe Oberkampf, créateur des célèbres toiles imprimées de Jouy, devient un axe populaire animé. Non loin, la rue de Lappe se couvre de bals musette où la communauté auvergnate, venue chercher fortune à Paris, fait danser toute la capitale au son de l'accordéon durant l'entre-deux-guerres.

Dans la seconde moitié du XXe siècle, les ateliers de menuiserie ferment peu à peu, remplacés par des galeries, des cafés et des lofts installés dans d'anciennes fabriques. Ce mouvement de reconversion, amorcé dès les années 1980 puis amplifié dans les décennies suivantes autour d'Oberkampf et de Ménilmontant, transforme profondément le visage du quartier sans jamais effacer les traces de son passé artisanal, toujours visibles dans les cours et les façades d'ateliers.

Un quartier dense, vivant et fidèle à lui-même

Aujourd'hui, le 11e arrondissement est le plus densément peuplé de Paris, une intensité de vie qui se traduit par une effervescence de tous les instants : marchés animés, comme celui du boulevard Richard-Lenoir aux portes de la Bastille, salles historiques telles que le Cirque d'Hiver, bâti en 1852, et une scène de créateurs, designers et artisans d'art qui perpétuent, sous d'autres formes, la vocation manuelle du faubourg. Autour de Charonne, de la Roquette ou de Popincourt, chaque rue conserve sa propre échelle, presque villageoise, au cœur d'un arrondissement résolument urbain.

Habiter le 11e, c'est choisir un Paris à échelle humaine, où les cours pavées du XVIIIe siècle voisinent avec les terrasses animées et les intérieurs contemporains. C'est retrouver, derrière chaque porte cochère, la mémoire d'un artisanat d'exception, et faire sien un art de vivre où le caractère du lieu se conjugue, avenue après avenue, avec l'élégance discrète des choses bien faites.

Repères
  • 1657Louis XIV confirme le privilège d'exemption des corporations du faubourg
  • 14 juillet 1789Les habitants du faubourg Saint-Antoine prennent la Bastille
  • 1830Révolution de Juillet, les Trois Glorieuses
  • 1835-1840Construction puis inauguration de la colonne de Juillet, place de la Bastille
  • 1848Nouvelles barricades et insurrection populaire dans le faubourg
  • 28 mai 1871Dernière barricade de la Commune, rue de la Fontaine-au-Roi
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