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Longtemps terre de faubourgs, aux portes de la vieille capitale, le 10e arrondissement s'est construit hors les murs, au rythme des artisans, des voyageurs et des bateliers. Des arcs de triomphe de Louis XIV aux flots paisibles du canal Saint-Martin, il conserve la mémoire d'un Paris laborieux et généreux, aujourd'hui devenu l'un des quartiers les plus attachants et les plus vivants de la capitale.
Aux portes de la ville
Avant d'être un arrondissement, le 10e fut un chapelet de faubourgs : le faubourg Saint-Denis et le faubourg Saint-Martin, deux routes anciennes menant vers le nord, bordées de jardins maraîchers, de tanneries et d'ateliers d'artisans installés hors des murailles de Paris pour échapper aux taxes de la ville. C'est dans ce paysage encore rural qu'Henri IV fait édifier, en 1607, l'hôpital Saint-Louis, destiné à isoler les malades de la peste loin de la cité. Son architecture de brique et de pierre, ordonnée autour d'une cour silencieuse, demeure l'un des ensembles hospitaliers les plus émouvants de Paris.
Sous le règne de Louis XIV, deux arcs de triomphe viennent célébrer la gloire du Roi-Soleil : la porte Saint-Denis, élevée en 1672 par l'architecte François Blondel, puis la porte Saint-Martin, construite deux ans plus tard par Pierre Bullet. Bâties à l'emplacement d'anciennes portes fortifiées, elles marquent l'entrée solennelle dans la capitale et annoncent, dès cette époque, la vocation de passage et d'accueil qui restera celle de l'arrondissement.
Le siècle du canal et des gares
En 1802, Bonaparte ordonne le creusement d'un canal pour approvisionner Paris en eau potable et faciliter le transport des marchandises. Les travaux, ralentis par les guerres napoléoniennes, s'achèvent en 1825 : le canal Saint-Martin est né, avec ses écluses, ses passerelles de fonte et ses berges bientôt plantées d'arbres. Il devient vite une artère industrieuse, sillonnée de péniches chargées de bois, de pierre et de vin, tandis que les faubourgs alentour se couvrent d'ateliers et d'entrepôts.
Le milieu du XIXe siècle achève de transformer le quartier avec l'arrivée du chemin de fer : la gare du Nord, ouverte en 1846 puis magnifiquement reconstruite par Jacques Hittorff entre 1861 et 1865, et la gare de l'Est, inaugurée en 1849, font de l'arrondissement la porte de Paris vers l'Europe du Nord et de l'Est. Autour d'elles prospèrent la confection, la bijouterie fantaisie et le commerce de gros de la rue du Faubourg-Saint-Denis, tandis qu'en 1828 s'ouvre le passage Brady, galerie couverte à l'élégance toute XIXe siècle.
Un peuple de faubourgs
Ce Paris du travail, dense et populaire, fut aussi de tout temps un Paris de la contestation. Les faubourgs Saint-Denis et Saint-Martin, peuplés d'artisans et d'ouvriers, virent se dresser des barricades lors des Trois Glorieuses de 1830, des journées de juin 1848 et de la Commune de Paris en 1871, notamment autour du quartier du Château d'Eau, qui tire son nom d'une fontaine monumentale édifiée au début du XIXe siècle à l'emplacement de l'actuelle place de la République.
Ce tempérament populaire s'est doublé, au fil des générations, d'un formidable brassage de cultures. Artisans venus de province, puis, au XXe siècle, communautés turque, kurde, indienne et pakistanaise ont fait du passage Brady une véritable Petite Inde parisienne, épices et saris déployés sous sa verrière, tandis que les rues voisines résonnaient de tous les accents du monde.
La métamorphose d'un quartier
Le déclin des activités industrielles, au cours du XXe siècle, laisse place peu à peu à une reconversion douce : ateliers transformés en lofts, entrepôts réinventés, canal redécouvert comme un lieu de promenade plutôt que de seul négoce. Le film Hôtel du Nord de Marcel Carné, en 1938, immortalise à jamais l'atmosphère poétique de ses quais, popularisant durablement l'image romantique du 10e arrondissement bien au-delà de ses frontières.
Depuis les années 1980, la réhabilitation des berges, la navigation de plaisance et l'ouverture de nombreux commerces ont accompagné un renouveau assumé, sans jamais effacer l'identité populaire et généreuse du quartier. La rue du Faubourg-Saint-Denis, longtemps dédiée au commerce de gros, s'est ouverte à une nouvelle génération de tables et de boutiques, sans rien perdre de son authenticité.
Vivre le 10e aujourd'hui
Aujourd'hui, le 10e arrondissement offre ce mélange rare d'authenticité et de raffinement qui séduit ceux en quête d'un Paris vrai. Les quais du canal Saint-Martin, où l'on flâne le soir venu, les façades haussmanniennes qui côtoient les immeubles de faubourg, les arcs de triomphe silencieux et les hôpitaux historiques composent un patrimoine dense, à taille humaine, loin de l'ostentation.
S'installer dans le 10e, c'est choisir un arrondissement qui n'a jamais cessé d'accueillir, de mêler les mondes et de se réinventer sans reniement. Entre l'écluse et le pavé des faubourgs, entre gare et jardin, il offre à ses habitants un art de vivre singulier, façonné par quatre siècles d'histoire vivante.
- 1607Fondation de l'hôpital Saint-Louis par Henri IV pour les pestiférés
- 1672-1674Édification des portes Saint-Denis et Saint-Martin sous Louis XIV
- 1802-1825Creusement puis inauguration du canal Saint-Martin voulu par Bonaparte
- 1828Ouverture du passage Brady, futur cœur de la Petite Inde parisienne
- 1846-1865Construction puis reconstruction de la gare du Nord par Hittorff
- 1871Barricades de la Commune autour du quartier du Château d'Eau