À découvrir : Villa Éléonore-Louise · Château Saint-Georges · Château Vallombrosa · Villa Rothschild · Parc forestier de la Croix des Gardes
À l'ouest de Cannes, une colline couverte de pins parasols et de mimosas domine la baie et l'Estérel. Bien avant que la Croisette ne devienne mondaine, c'est ici, sur ces pentes silencieuses, que Lord Brougham fit édifier la première villa d'hiver de la ville — donnant naissance à ce que Cannes allait devenir.
Origines : une colline, une légende, un nom
Le nom de la Croix des Gardes remonte, selon la tradition locale, à 1525 : le roi François Ier aurait fait poster au sommet de la colline une garnison chargée de surveiller la mer et de guetter les incursions des pirates barbaresques qui hantaient alors la côte provençale. Deux de ces guetteurs auraient été assassinés, et une croix érigée en leur mémoire aurait donné son nom à la colline.
Longtemps couverte de pins et de bois sauvages, cette hauteur qui surplombe Cannes et regarde vers l'Estérel restait, jusqu'au XIXe siècle, un territoire naturel à l'écart du modeste village de pêcheurs installé en contrebas, autour du Suquet.
L'arrivée de Lord Brougham et la naissance d'un quartier anglais
Tout bascule en 1834. Lord Henry Brougham, ancien chancelier d'Angleterre, se voit refuser l'entrée à Nice, frappée par une épidémie de choléra. Il s'arrête à Cannes, simple bourgade de pêcheurs, et tombe sous le charme du site. Il y acquiert un terrain sur les premiers contreforts de la Croix des Gardes et y fait bâtir, dès 1835, la villa Éléonore-Louise, œuvre de l'architecte Louis Larras — la toute première résidence de villégiature construite à Cannes.
Le geste de Brougham fait école. Dès 1837, le général britannique John Taylor élève à son tour le château Saint-Georges. D'autres villas suivent : Vallombrosa, Rothschild, Romée, autant de demeures qui composent, au fil du siècle, ce que l'on surnomme alors le « quartier anglais ». La Croix des Gardes devient ainsi, avant même la Croisette, le véritable berceau du Cannes hivernal.
Épisodes marquants d'une colline aristocratique
Lord Brougham vécut dans sa villa jusqu'à sa mort, survenue le 7 mai 1868, à l'âge de quatre-vingt-dix ans. Sa demeure, agrandie en 1844 sous la direction de l'architecte Jacques Guichard, fut plus tard morcelée et divisée en appartements — sort commun à nombre de grandes villas du quartier au tournant du XXe siècle.
Au fil des décennies, les jardins d'agrément de ces propriétés accueillirent des essences venues du monde entier, posant les bases d'un patrimoine botanique remarquable dont le parc forestier conserve aujourd'hui encore des témoins. En 1990, une croix monumentale en acier poli, œuvre du sculpteur Jean-Yves Lechevallier, fut installée au sommet de la colline, perpétuant le souvenir de la légende fondatrice du lieu.
La transformation d'un domaine en quartier résidentiel
Le XXe siècle voit la colline se couvrir progressivement de propriétés résidentielles, sans jamais renoncer à son caractère boisé. Conscientes de la valeur de cet écrin, les autorités locales ont fait classer une large part de la colline en espace naturel sensible, préservant ainsi le parc forestier de la Croix des Gardes, ses pins, ses mimosas et ses sentiers de promenade, au cœur même d'une ville largement urbanisée.
Ce choix de préservation a façonné l'identité durable du quartier : un rare équilibre entre patrimoine bâti d'exception et nature protégée, à quelques minutes seulement du centre de Cannes et de ses rives animées.
Vivre à la Croix des Gardes aujourd'hui
Aujourd'hui, la Croix des Gardes demeure l'un des quartiers les plus recherchés de Cannes : ses villas discrètes, ses propriétés arborées et ses panoramas sur la baie, les îles de Lérins et le massif de l'Estérel en font un lieu de résidence privilégié, loin de l'agitation du bord de mer mais tout proche de son effervescence.
Habiter la Croix des Gardes, c'est prolonger l'intuition qu'eut Lord Brougham voilà près de deux siècles : celle d'un lieu où le silence des pins, la douceur du climat et la vue sur la Méditerranée composent un art de vivre rare — hérité de l'histoire, offert aujourd'hui à ceux qui savent le reconnaître.
- 1525Selon la légende, des gardes assassinés donnent son nom à la colline.
- 1834-1835Lord Brougham s'installe et bâtit la villa Éléonore-Louise, première villa d'hiver.
- 1837Le général John Taylor élève le château Saint-Georges à sa suite.
- 1868Mort de Lord Brougham dans sa villa, à quatre-vingt-dix ans.
- XXe siècleClassement du parc forestier en espace naturel sensible.
- 1990Installation de la croix monumentale de Jean-Yves Lechevallier.